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Approches d’intervention (savoir et savoir-faire)

Approche d’accueil au PRAIDA : entre ouverture et conscience

Les personnes en demande d’asile viennent d’horizons culturels divers. L’interaction s’inscrit dans un processus d’échanges qui connaît des difficultés liées à la communication interculturelle, notamment aux différentes langues des personnes en demande d’asile, ainsi qu’à la diversité de leurs profils et de leurs parcours.

L’approche interculturelle préconise l’acceptation des cultures propres à chaque personne en demande d’asile, lui permettant de garder et d’exprimer ses valeurs et ses héritages culturels dans un respect mutuel et une écoute constante. L’approche se fonde sur le respect de la personne, de sa vision du monde, de son système de valeurs, des forces et des défis qui lui sont propres, de ses besoins et de sa dignité, élément crucial en intervention interculturelle. Pour les personnes intervenantes du PRAIDAProgramme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile , un pilier de l’approche interculturelle demeure le fait de ne pas infantiliser les personnes en demande d’asile.

Le respect des différences invoque l’acceptation de l’identité culturelle avec ses multiples facettes d’appartenance : ethnique, nationale, régionale, religieuse, classe sociale. Connecter les personnes en demande d’asile à leurs communautés semble être une manière de les aider à ne pas se déraciner complètement de leurs traditions et de leurs valeurs, et un moyen de mieux comprendre leurs besoins afin de leur offrir un service plus adapté.

Toutefois, les personnes intervenantes qui développent des outils et des pratiques d’intervention adaptés à une communauté spécifique doivent garder à l’esprit que les personnes d’une même communauté ne reçoivent pas l’information de la même manière.

Le saviez-vous?

Selon le cadre conceptuel développé par l’UNESCO (2013), les compétences interculturelles consistent à « disposer de savoirs adéquats au sujet de cultures particulières, ainsi que des connaissances générales sur les questions qui peuvent se poser dans les contacts entre personnes de cultures différentes, de manifester une attitude réceptive qui encourage l’établissement et le maintien de relations avec divers "autres" et d’avoir acquis l’aptitude à utiliser ces connaissances et cette réceptivité dans les interactions avec les individus appartenant à des cultures différentes » (p. 16). Référence

Le fait que la personne intervenante partage la même origine ou la même culture que la personne en demande d’asile ne garantit pas une meilleure compréhension de cette dernière, il faut en outre connaître son histoire personnelle et familiale, ses valeurs, ses croyances, etc. Cette appartenance peut altérer l’intervention notamment dans le cas où la personne usagère ne souhaite pas dévoiler certaines choses de peur d’être jugée.

L’intégration de l’approche interculturelle partout dans la province passe par une formation – obligatoire et à l’embauche – dans la prise en compte des compétences interculturelles pendant leurs interventions.

Pour les personnes intervenantes du PRAIDA, l’approche interculturelle s’apprend surtout dans la pratique, en restant alertes aux biais révélés par les expériences.

Interprétation

Définition

Le saviez-vous?

Au Québec, la Loi sur les services de santé et les services sociaux (Loi 120) vise à :

  • tenir compte des particularités linguistiques, socioculturelles et ethnoculturelles des régions (art. 2.5); et
  • favoriser, compte tenu des ressources, l’accessibilité à des services de santé et des services sociaux, dans leur langue, pour les personnes des différentes communautés culturelles du Québec » (art. 2.7).

« L’interprétation est une activité professionnelle qui consiste à réexprimer fidèlement le sens de ce qui est dit en une langue, dans une autre, en tenant compte davantage du contenu que de la forme du message et en considérant les caractéristiques des personnes qui reçoivent le message. » (Bourque, 2004, p. 11). Cela requiert donc de s’adapter aux caractéristiques des personnes, telles que le niveau de langue, la culture, etc.

Défis

L’accessibilité linguistique constitue une source de préoccupation de plus en plus importante pour les organisations, particulièrement pour le PRAIDA, qui fait une grande utilisation de services d’interprétation au Québec, puisque nombre de personnes en demande d’asile ne comprennent ni ne parlent l’anglais ou le français.

Les personnes intervenantes sont régulièrement confrontées à des problèmes de communication avec les personnes en demande d’asile. Si certaines connaissent d’autres langues (l’espagnol, le portugais, le créole, l’arabe…), elles ne sauraient comprendre toutes les langues utilisées par les personnes en demande d’asile.

Rôle de l’interprète

Le rôle de l’interprète est un élément à considérer lors d’une intervention auprès de la personne en demande d’asile pour que cette dernière bénéficie d’un service efficace et de qualité. Le rôle de l’interprète ne se réduit pas à la traduction d’une langue vers une autre, il faut aussi « clarifier certaines spécificités culturelles. » (Briand-Lamarche, Maltais et Guériton, 2017, p.18).

Cela consiste aussi à établir des liens entre des individus de différentes cultures. Si l’interprète a bénéficié d’une formation en intervention en milieu interculturel, il ou elle fera donc plus que de la traduction entre deux langues.

L’interprétation peut dans certains cas comporter beaucoup de biais dans la communication entre la personne intervenante et celle en demande d’asile.

Attention

L’interprétation est sujette à caution. Le message transmis par les personnes en demande d’asile peut se retrouver incomplet voire dénaturé, pour diverses raisons (absence d’interprète, personne interprète non professionnelle, etc.).

Il arrive aussi, selon les personnes intervenantes, que les informations ne soient pas transmises dans leur intégralité, ou que les interprètes partagent des informations supplémentaires. Certaines personnes interprètes semblent déroger à leur cadre d’intervention en entretenant des conversations qui dépassent le cadre de l’interprétation, en l’absence (voire en présence) de la personne intervenante. Il semble donc important de sensibiliser et former autant les personnes intervenantes que les interprètes pour mieux travailler ensemble.


Les différents paliers de recours à l’interprétation pour les personnes en demande d'asile


Stratégies

Le PRAIDA peut avoir recours à des personnes interprètes professionnelles en faisant appel à une banque de plus de 200 interprètes, qui interviennent en personne ou à distance, dans une cinquantaine de langues. Les bénévoles n'interviennent que lorsque des besoins d'interprétation se présentent dans le contexte de l'hébergement (complétion de documents, orientation, etc.). Il peut exceptionnellement être demandé à une autre personne intervenante parlant la langue, à une personne bénévole ou membre de la famille (de la personne en demande d’asile) d'agir comme interprète.

Interprétation en mode présentiel Interprétation en mode virtuel (téléphone / caméra)

Avantages

  • Accès rapide.
  • Possibilité d’observer les indices non verbaux des personnes en demande d’asile.
  • Développement d’une relation de travail, grâce à une collaboration régulière.
  • Les personnes interprètes sont majoritairement issues de la banque interrégionale d’interprètes, et leur nombre varie en fonction des flux de personnes en demande d’asile et de leurs besoins spécifiques.
  • Établissement d’une relation de confiance réciproque.

Avantages

  • Accès au non verbal de la personne en demande d’asile (s’il y a une caméra).
  • Possibilité de contacter l’interprète à tout moment.
  • Grande variété de langues et de dialectes.
  • Possibilité pour la personne usagère de préserver son anonymat par rapport à l’interprète (dans le cas du téléphone).

Inconvénients

  • Nombre limité d’interprètes.
  • Choix de langues disponibles limité.
  • Non-professionnalisme.
  • Manque de connaissance des techniques d’interprétation.
  • Difficulté à avoir une neutralité.

Inconvénients

  • Problèmes techniques potentiels (déconnexion, mauvaise connexion).
  • Services disponibles (pour le moment) uniquement de l’anglais vers une autre langue (pas de français).
  • Manque de compréhension et connaissance du contexte québécois/canadien (les interprètes ne se trouvent pas nécessairement au Canada).
  • Pas de possibilité de choisir l’interprète.

Enjeux

  • Éthique professionnelle.
  • Engagement à la confidentialité.
  • Manque de professionnalisme.
  • Omission volontaire ou accidentelle d’informations.
  • Non-adoption d’une position de neutralité.
  • Manque de formation et de compétences spécifiques des interprètes pour intervenir auprès des personnes en demande d’asile.

Les bonnes pratiques au PRAIDA

La présence d’une tierce personne (l’interprète) allonge nécessairement la longueur de l’intervention auprès des personnes en demande d’asile, ce qui requiert d’offrir le temps nécessaire à l’intervention.

Il est primordial de tenir compte des sujets dits sensibles comme l’orientation sexuelle, les questions de genre ou les traumatismes des personnes en demande d’asile lors d’une intervention avec une personne interprète, puisqu’il peut arriver que cette dernière ne soit pas outillée sur ces thématiques.

Le saviez-vous?

Il existe au PRAIDA un comité Interprétariat depuis octobre 2023 qui vise à mieux outiller les interprètes collaborant avec le PRAIDA en adéquation avec les besoins des personnes en demande d’asile. Le Comité a développé un kit d’accueil pour l’ensemble des interprètes, composé :

  • D’un code éthique avec 10 points clés qui traitent des devoirs et droits des interprètes,
  • D’une fiche sur le rôle de l’interprète,
  • D’un glossaire bilingue et
  • D’un règlement global sur l’interprétation.

Pour les personnes intervenantes, le souci de la qualité de la communication et la sensibilité des interprètes aux enjeux d’immigration les incite à distinguer les personnes interprètes habituées à faire de l’interprétation auprès des personnes en demande d’asile, de celles qui n’en sont pas familières.

En cas de doutes, la personne intervenante pose la question à l’interprète ou encore se renseigne sur la particularité de la langue en question avant le début de l’intervention.

Les personnes intervenantes du PRAIDA clarifient les rôles et les attentes de chaque partie et sensibilisent les interprètes à l'importance de transmettre les informations de manière précise et complète, sans ajouts ni omissions.

Autonomisation

La précarité de leur statut constitue un enjeu majeur pour les personnes en demande d'asile durant leur parcours. Consciente de cette réalité, l’équipe de l’Accueil du PRAIDA considère l’autonomisation des personnes en demande d’asile comme une priorité. Pour celles-ci, cela signifie qu'elles doivent comprendre le système dans lequel elles évoluent et développer des compétences qui leur permettront de naviguer plus efficacement, malgré les options limitées qui s'offrent à elles. (Lacroix, 2004)

Le saviez-vous?

Nous retrouvons dans la littérature les termes « empowerment » ou encore « empouvoirement ». Toutefois, l’Office québécois de la langue française (2003) recommande d’utiliser le terme « autonomisation » et le définit comme suit : « Processus par lequel une personne ou un groupe social, acquiert la maîtrise des moyens qui lui permettent de conscientiser, de renforcer son potentiel et de se transformer dans une perspective de développement, d’amélioration de ses conditions de vie et de son environnement. »

Autonomiser une personne en demande d'asile implique de lui fournir les outils, les ressources et le soutien nécessaires et adaptés pour défendre ses droits, retrouver un sentiment de contrôle sur sa vie, et en particulier sur son propre parcours d'intégration. Il s’agit donc d’intervenir auprès de la personne en demande d’asile pour qu’elle chemine dans la société par elle-même tout en tenant compte des obstacles réels qui se présentent à elle et face auxquels elle a besoin de l’expertise et des connaissances d’une personne intervenante.

Autonomiser les personnes en demande d’asile « C’est faire avec eux, mais surtout leur montrer comment faire. » (Atelier de consultation, Personnes intervenantes, 2023).

Les personnes intervenantes agissent comme un pont entre la société d’arrivée et les personnes en demande d’asile. Elles expliquent aux personnes en demande d’asile les dynamiques et les codes de communication avec les personnes représentant des institutions au Canada et au Québec, qui diffèrent souvent de ceux de leur pays d'origine.

Les personnes intervenantes sensibilisent également les personnes en demande d’asile aux risques qu’elles courent étant donné leur vulnérabilité. Elles sont donc encouragées à connaitre leurs droits et responsabilités et à s’outiller notamment en apprenant le français ou l'anglais le plus rapidement possible pour se défendre efficacement.

Les personnes intervenantes rappellent aux personnes en demande d’asile qu’il est nécessaire de consulter toutes les ressources matérielles, relationnelles, spirituelles et intellectuelles dont elles disposent.

Plutôt que de les considérer comme des victimes passives, les équipes du PRAIDA considèrent les personnes en demande d’asile comme des personnes actrices du système qui pourraient avoir une emprise sur l’amélioration de leur situation.

« C'est l'humain avant tout » (Atelier de consultation, équipe accueil, 2023).

Les personnes intervenantes garantissent le droit à l’information des personnes en demande d’asile en produisant entre autres de la documentation pour faciliter l’accès aux services et ressources nécessaires à leur installation et intégration.

Limites de l’intervention

Au début du processus d’intervention, les attentes mutuelles doivent être clarifiées, à la fois celles du travailleur social et celles du demandeur (Lacroix, 2004). Les personnes intervenantes précisent leur rôle et les limites de ce qui est possible dans le contexte de leur pratique. Les personnes intervenantes ne disposent pas toujours des ressources (le temps en particulier) nécessaires pour adresser de manière adéquate les problèmes psychosociaux que vivent les personnes en demande d’asile.

En matière de santé, l'autonomisation est plus complexe à mettre en œuvre, dans la mesure où les besoins des personnes en demande d’asile sont souvent urgents et que le système de santé peut être difficile d’accès. Les personnes intervenantes du PRAIDA agissent comme intermédiaires pour répondre à leurs besoins, face à des consultations médicales parfois non adaptées pour des personnes qui ne maîtrisent ni le français ni l'anglais et méconnaissent le fonctionnement du système